Finalement de retour... Que dire au moment de refermer ce livre? J'ai
essayé d'exprimer, via mes pauvres mots, tous les sentiments que m'ont inspiré ces aventures, ces étincelles d'imprévu qui forment le coeur du voyage. Parmi tous les sentiments, le seul,
peut-être, qui ne fut pas agréable, c'est la fatigue des au revoir, le côté sombre des rencontres, la perte de vue inéluctable qui accompagne les histoires sans lendemain. De retour sur ma terre
natale, et il faut bien le dire, triste d'être arrivé au bout de la route, je n'en suis pas moins soulagé, aujourd'hui, de savoir que le dernier au revoir, au moins pour un temps,sera bientôt
derrière moi. A tous, donc, qui ont pris le temps de me lire, je vous dis aujourd'hui:
En rentrant de Bornéo, je passais une semaine à Singapoure. C'est
marrant, personne n'aime Singapore, pas les voyageurs en tout cas. Les expatries, eux, c'est une autre histoire. Mais les voyageurs se plaignent, tout est cher, il n'y a que des centres
commerciaux... Il y a pourtant du bon temps a prendre, a Singapoure. Je connaissais desormais pas mal de gens la-bas, quelques indiens, et quelques malayses que j'avais rencontrées sur la route.
Bon, il n'y pas grand chose a faire, mais on mange, on boit, et on fait la fete avec plaisir dans les nombreux restaurants, bars, et boites. On peut faire un tour dans la foret qui occupe le
centre de l'ile, passer l'apres-midi sur une plage... Si on a des amis bizarres, on peut meme explorer de nuit l'un des nombreux sites hantés de l'ile (les Singapouriens, comme la plupart des
Asiatiques et en particulier les Thais, sont obsédés par les fantômes).
Mais les jours passent, et l'Indonésie me fait les yeux doux, juste de
l'autre coté du détroit.
Aussi je réserve mon billet, et tant qu'à faire, je décide de partir
loin... a l'autre bout du bout du monde, en Papouasie. A Jayapura, pour être plus précis.
Papua, anciennement appellée Iran Jaya, et le nom de la partie
occidentale de l'île de Nouvelle Guinée. C'est une île montagneuse, ne possédant que peu de voies de communication naturelles, et aucune crées par l'homme. Les routes sont inexistantes, et où que
vous vouliez aller, le seul moyen est generalement d'affréter un avion pour vous tout seul... Autant dire qu'aller decouvrir des tribus dans des coins reculés coûte cher...
Ma première nuit en Papua me restera longtemps en mémoire comme du grand
n'importe quoi. N'ayant rien a faire, je trainais dans les rues de cette ville côtière assez animée, mais dont les seuls bars visibles etaient chers et vides. Jusqu'a ce que j'aperçoive ce qui
ressemblait, de loin, à un quelconque escalier menant a un quelconque appartement, si ce n'était la musique s'échappant de la porte entrouverte. Je montai, et découvrai un bouge abritant dans ses
volutes de fumée quelques tables de billard entourées de filles bien en chair et pas assez habillées. Quelques secondes suffirent pour me retrouver embarqué dans une partie, dont l'enjeu, comme
j'allais le découvrir, n'était autre que la jeune fille qui nous regardait jouer... Après avoir consciencieusement mal joué, j'étais entraîné dans une "back room" où, apparemment, les forces de
police de la ville aimaient à se retrouver pour picoler et flirter avec des prostituées... Après avoir bu les quelques canons obligatoires, je me lève pour partir, mais mon partenaire de billard
insiste pour m'emmener dans un "vrai" club, et je ne pus résister a la pression populaire. Aussi nous nous retrouvâmes une vingtaine de minutes plus tard dans un Karaoke aussi sombre que dans le
cul d'un taureau par une nuit sans lune (expression magique, si quelqu'un me retrouve le film dont elle est extraite, je lui offre un T-shirt dedicacé), où des prostituées vraisemblablement
moches (sinon pourquoi baisser autant les lumières?) nous servent bières sur bières, toutes payées par mon partenaire de billard, décidemment un bien sympathique personnage, n'est-il
pas?
Je partais le lendemain pour Wamena, au coeur de la vallée de Beliem. La
vallée est au coeur de la région montagneuse qui se trouve au centre de l'île, et l'avion est le seul moyen de s'y rendre. La vallée a été redécouverte en 1939, à la suite d'un crash aérien, et
n'a pu être explorée qu'à partir de 1945. Jusqu'à aujourd'hui les quelques touristes se sont concentrés sur Wamena et ses environs immédiats, principalement au mois de Juillet Aout. Au mois de
Novembre, il y a pas un chat. Je me procurai une carte de la vallée, rassemblai quelques provisions, de l'eau et des tablettes purificatrices, et me faisait transporter jusqu'au bout de la route,
vers l'Est, en moto. Voila, en marche maintenant.
Je marchai d'un village à l'autre, demandant mon chemin aux gens
rencontrés, m'arrangeant pour trouver une hutte où dormir, et me trouver un dinner. Malheureusement, la nourriture ici n'est pas très variée: Patates douces cuites à la braise, et, parfois,
bananes. 3 fois par jour. On s'en lasse.
L'autre problème, c'est la communication. Les locaux et moi avons un mot
en commun: Okay, dont je confirme par ailleurs qu'il est le mot le plus compris et reconnu dans le monde. Mon bahasa (la lingua franca de l'Indonésie) en était à ses débuts, puisque je venais
d'arriver. J'apprends donc en accéléré à saluer, à remercier, à demander un endroit ou dormir, ou à manger. J'apprends notamment que le Pisang n'est pas seulement un alcool vert fluo immonde et
trop sucré, mais le mot bahasa pour banane. J'apprends à négocier, payant la plupart du temps en cigarettes, le cours de la Malboro light augmentant à mesure que je m'éloigne de Wamena. Une autre
de mes richesses est une petite flasque de whisky que j'ai amené de Jayapura... En effet, toute la vallée a été déclarée "zone sèche", comprendre sans alcool. Dans ces conditions une lampée
d'alcool n'a pas de prix, et m'obtient des faveurs imméritées.
Les journées sont longues, le sac est lourd, et les sentiers montent et
descendent sans fin. L'échelle de la carte est piégeuse, et il m'arrive plus d'une fois de marcher plus de 10 heures en essayant d'atteindre un village plus éloigné que la carte me semble
indiquer. Je traverse la rivière à plusieurs reprises via des ponts de singe miteux et inquiétants...
Les principaux habitants de la vallée sont appellés les Dani. Les hommes
portent traditionnellement (et les portent effectivement quand on s'éloigne de Wamena) une tenue étrange: des étuis péniens appelés Kotéka, et faits à partir d'une calebasse cultivée à cet effet
(voir photo: la première fois, ça surprend...)
Les femmes portent traditionnellement une jupe de feuilles autour de la
taille, et laissent leur poitrine nue, mais cette tenue traditionnelle se perd de nos jours, et je n'ai pu voir que deux vieilles femmes l'arborer. Les hommes s'enduisent également de graisse de
porc pour lutter contre le froid (après tout, on est à 2500 mètres).
Les Dani sont polygames, et ont autant de femmes qu'ils peuvent se le
permettre. Une femme a un prix assez défini: en général, 5 ou 6 cochons... (mysogyne? Comment ça mysogyne?) Les différents villages de la vallée, très isolés les uns des autres, se faisaient
régulièrement la guerre, généralement pour des histoires de femmes ou de cochons (ils sont presque interchangeables). Le dernier combat aurait eu lieu en 1988...
Les rites funéraires sont divers variés. Les Dani momifient certains des
leurs dans le sel. Les Yali, eux, étaient cannibales jusque dans les années 80. Ca rigole pas là-bas, malheureusement, les Yali sont situés en dehors de la vallée, et cela me prendrait trop de
temps d'y aller (le seul moyen de s'y rendre est d'affréter un avion: 5000 dollars aller-retour).
Une autre habitude bizarre des femmes Dani est de se couper une phalange
de la main gauche avec une hache de silex à chaque fois qu'un de leurs proches passe dans l'autre monde. Il manque ainsi aux vieilles femmes une bonne moitié des doigts de la maing
gauche...
Après une dizaine de jours, je rentrais a Wamena fatigué, sale, et
dégouté a vie des patates douces. Mais la région est fascinante, et je collectais les cartes de visite et les idées de treks avec dans l'idée de revenir, avec soit plus d'argent, soit des amis
pour partager le prix d'un avion (avis aux amateurs).
Un peu fatigué de la solitude, je partais pour Sulawesi, avec dans
l'idée de rejoindre quelques touristes, de faire de la plongée, à Bunaken, une petite île au large de Manado, et à Lembeh, un petit détroit dont le fond, recouvert de sable volcanique, est un des
meilleurs sites du monde pour la plongée "macro" (les petites bêtes, commes les hippocampes pygmés).
Je passais quelques jours au Soleil, profitais des fonds marins,
découvrais l'ambiance insulaire de cette petite île où les touristes, cependant, n'étaient pas encore au rendez-vous. Peut-être pour la première fois depuis le début de mon voyage, je me
fatiguais de cette solitude des sentiers non battus, et je décidai de partir vers Bali.
Bali... Un autre monde... Kuta, Ubud, Semeniak... Je m'accordais pendant
quelques jours le confort de ces ghettos touristiques branchés. Je me levais le matin, embarquais ma planche de surf, louée une misère au bas de mon hotel avec piscine pour 8 euros, et allais
cultiver mon ascendant surfer sur une des plages de l'île. Le soir, la foule australo-britannique passe de karaokes en boîtes de nuit, se déchaîne sur les dance floors, errant dans les rues d'une
île qui ne dort jamais. Je prolongeais cette ambiance de fête sur les ïles Gili, quelques heures de bateau plus loin, trois petites larmes de sable sur une mer d'un bleu intense. La plongée
remplacait le surf, mais je me fatiguais de cette foule bruyante et turbulente, et je décidais de partir explorer les ïles de l'Est, direction l'île de Flores.
Je traversai Lombok, Sumbawa, enchaînant les bus et les ferrys, avant
d'arriver sur l'île Flores, au port de Labuan Bajo. Le port est la base parfaite pour explorer l'île de Komodo et ses dragons. Les fonds sous-marins spectaculaires sont l'autre attrait de
l'endroit. Je decidais donc de passer quatre jours sur un voilier, le Jaya, où je plongerais trois ou quatre fois par jour, jouant avec les raies manta et les requins, explorant les îles et leurs
dragons, nageant avec des dauphins... Les derniers rayons de Soleil devançaient une saison des pluies en retard, et les nuits, passées sur le pont, à la belle étoile, étaient illuminées d'un ciel
spectaculaire, loin de toute source de lumière dérangeante. Une apothéose pour un voyage dont la fin approchante commençait à me peser...
Et voilà, la fin n'est que détails... Des bus, des avions, une journéee
anecdotique a Jakarta (agrémentée d'une soiréé moins anecdotique dans un club ouvert 24/24 et 5 jours sur 7, dispensant de la techno dans les ténèbres d'une grotte, quelque soit l'heure, à une
foule d'Indonésiens déjantés), un vol interminable via Singapoure, Doha, et finalement Paris, avant d'arriver, par TGV, à la maison.
Me voila donc de nouveau dans l’avion, de Saigon a Kuala Lumpur. Le
contraste entre les deux villes est brutal: Kuala Lumpur est une ville extra-moderne, avec un impressionant systeme de metro, tout est simple et pratique, fonctionne… Mais, et c’est la le
grand changement, la ville est clairement musulmane. La grande mosquee nationale, ultra-moderne elle aussi, et la Masjid Jamek, plus ancienne et au Coeur de la cite, appellent les fideles a la
priere 5 fois par jour. Lors de mon premier jour de visite, je me trouvais devant la Masjid Jamek lors du namaz, et un marocain qui vit a Kuala Lumpur me saluait: “Salam aleikoum”…
Il a cru que j’etais musulman (damn j’ai du bien bronzer au Vietnam ;)) Apprenant que je suis francais, il etait ravi de pratiquer son francais, et m’invitait a prier avec lui. Il me montre
comment faire mes ablutions avant de prier, puis m’emmene dans la salle de priere et nous prions ensemble… Je fais bien attention de ne pas repeter la shahadah (profession de foi musulmane), car
repetee deux fois devant deux temoins, et vous voila musulman! Bienvenue en Malaysie!
La ville compte egalement des quartiers indiens, chinois, un quartier
traditionnel malay… l’ensemble est tres photogenique, tout se mélange, la gare, superbe batiment d’architecture musulmane, arbore des graffitis punk. Les maisons traditionnelles Malay s’alignent
devant les tours Petronas, gratte-ciels d’inspiration musulmane et 3e batiment le plus haut du monde. Un ami, rencontre a Bombay, m’emmene dans un bar ultra posh, sur le toit d’une tour de 40
etages, entourant une piscine a debordement et donnant directement sur les tours illuminees… Meme la, la viande est halal, les filles sont parfois voilees...
Apres avoir bien profite de la ville, de son jardin d’orchidee, de son
parc a oiseaux, de sa ferme a papillons, je partais avec mon ami et sa copine Filipina pour Singapore, car c’etait Halloween, et l’endroit ou aller pour Halloween, c’est Singapore! Nous arrivons
donc a Singapore juste a temps. La ville est bondee, les gens sont costumees de maniere incroyable (Spok, Mario Bros, Amy WhineHouse… sont a s’y meprendre), et mon costume de Cesar (que voulez
que je fasse, j’allais pas depenser une fortune pour un costume que je ne pourrais pas transporter: un drap et une branche autour de la tete, et vous tenez un Cesar improbable) fait pale figure.
Grace a une amie singaporienne rencontree a Saigon (mon reseau asiatique est desormais bien etablie!), nous entrons dans un des clubs de Clark Quay, passant devant une foule de gens attendant
desesperement d’entrer. Les gens sont commes des fous, tout le monde prend des photos de tout le monde, Indiens, Chinois, Malays et etrangers se melangent (en boite de nuit, si ce n’est
ailleurs). Bref, une bonne soiree.
Je passe le lendemain a explorer la ville, son mélange de gratte-ciels,
de batiments ultramodernes, de petits quartiers indiens ou chinois. Les centres commerciaux sont gigantesques (L'un arbore ce slogan sans concession: "Acheter des chaussures me rend heureuse. Je
suis superficielle. Et alors?"), mais la foret est a 20 minutes: le centre de l’ile est recouvert de forets, et on y rencontre des singes et meme des lezards monitor sur les sentiers qui
traversent l’ile. Les restaurants sont excellents, et accompagnes d’un ami chinois, nous degustons une authentique (d’apres lui) cuisine du Sichuan, puis passons a un restaurant de fruits de mer
BBQ, ou nous profitons de l’occasion pour gouter du crocodile…
Finalement, je partais pour Borneo, la grande ile voisine, dont le Nord
appartient a la Malaysie. Borneo… Je pourrais ecrire des pages et des pages sur Borneo, mais je vais devoir faire court, car le temps (et, il faut bien l’avouer, la motivation;) me manquent!
J’arrive donc a Kota Kinabalu, la capitale de Sabah, la partie Nord de l’ile. Cette partie fut une colonie britannique, avant de rejoindrr la federation malaysienne dans les annees 50. L’endroit,
a l’epoque, etait une terre mysterieuse, recouverte d’une jungle impenetrable (penetree, cependant, par d’intrepides explorateurs et naturalists, tels Agnes Keith, auteur de “Land below the
wind”). L’endroit comprend a la fois de superbes reserves naturelles, ou l’on peut encore observer des orang-outangs dans leur habitat naturel, le Mont Kinabalu, la montagne la plus
haute d’Asie du Sud-Est, ou Pulao Sipadan, regulierement citee comme etant une des meilleures destinations pour la plongee au monde (sans compter Yalang Yalang, autre destination incroyable
pour la plongee, mais chere…)
Je partais pour le Mont Kinabalu, 4000 metres et des poussieres, dont
l’ascension demarre a 1800 metres, au coeur du Kinabalu park, un endroit aux paysages saisissants, abritant la fameuse Rafflesia, la fleur la plus grosse du monde (jusqu’a un metre de diametre),
ainsi que de bien agreable sources chaudes (bien agreables surtout après s’etre gele le cul sur le sommet pendant deux heures pour attendre la lever du Soleil!)
Je partais donc plein d’entrain de Kota Kinabalu, agreable ville pleine
de jeunes gens desireux de faire la fete (oui, c’est pas forcement ce a quoi on s’attend a Borneo, mais ca fait toujours plaisir!), pour l’ascension, et demarrais d’un bon pas. Mais ils ont eu
une drole d’idee: ils ont mis des marches. C’est bizarre de monter un escalier au lieu d’une pente… et au bout d’un moment, on se rend compte que c’est franchement fatigant! La jungle de la base
laisse vite la place a de miserables arbres rabougris (l’alliteration, vous le savez, c’est ma grande passion), rendus fantomatiques par la brume et les nuages qui couvrent rapidemment le
sommet, mais en me depechant je parviens a atteindre le refuge avant la pluie, qui allait tremper tous les pauvres randonneurs arrivant après moi. Apres une petite nuit de repos, nous nous
levions a 2 heures du matin pour l’ascension du sommet… A 4 heures du matin (bien en avance), apres avoir traverse les grands blocs granitiques qui constituent le sommet, j’attendais, en me
gelant, le lever du Soleil. Il faut dire qu’un petit sweatshirt, ma petite veste d’intersaison, mes gants a 40 centimes d’euro, mon absence de bonnet… ne me preparaient pas vraiment a l’attente
au sommet, ou il fait 2 ou 3 degres… Je voyage leger, et cela inclut parfois de souffrir et de souffler dans ses doigts en implorant le Soleil de se magner, parce que la, vraiment, je suis en
train de les perdre!
En redescendant (après au moins 1 million de marches, mes genous
allaient me faire souffrir pendant une semaine), je filais vers les sources chaudes, ou j’allais aussi voir une Rafflesia… C’est une chance, car elles fleurissent n’importe quand dans l’annee, et
une seule fois par an. Leur odeur, que je croyais pestilentielle (due, je pense, a une fiche “Histoire Naturelle” datant au moins du CE1) ne m’a pas choque, au contraire, elle ne m’a pas
semble avoir d’odeur du tout).
Apres une (vraie, cette fois) nuit de repos, j’etirais mes jambes
(grand moment de douleur), et filais direction Sandakan, d’ou je partais (non sans avoir mange une delicieuse raie au barbecue) pour un campement au bord de la riviere Kinabatangan. Tous les
jours (et les nuits), nous partions en bateau sur la riviere, ou marchant dans la jungle, essayant d’apercevoir le Proboscis monkey (un singe trop moche au long nez et que les locaux appelllent
les "Hollandais"... mais ils sautent d'un arbre a l'aure et font passer les autres singes pour des Tarzans maladroits), l’Orang Outang, le macaque a long queue ou a queue de cochon, le
Lezard monitor, les differentes especes d’egrette, de Toucans, de martin-pecheurs locaux… L’endroit est une reserve par erreur, la victime d’une deforestation sauvage, qui a concentre des
milliers d’animaux sur les rives de la riviere. Si on a de la chance, l’on peut meme apercevoir l’elephant pygmee de Borneo, mais je n’ai generalement pas ce genre de chance ;) Peu importe,
l’endroit est desert (merci la saison des pluies! Oui, vous l’aurez devine, ici comme ailleurs, c’est la saison des pluies!), les gens du campement sont adorables, et l’endroit est
superbe.
Mais Sipadan Island, dont j'entendais parler depuis des mois, me faisait
les yeurx doux, et je partais rapidemment pour l'ile aux eaux cristalinnes et aux immensement riches coraux. Je logais a Mabul, une ile et un village de pecheurs a quelques minutes de Sipadan, ou
il est interdit de loger. Mabul et mon club de plongee sont super relax, et on se sent comme a la maison. Les soirees sont bien arrosees (c'est la premiere fois que je vois les divemasters
boirent autant!), et les plongees sont incroyables, requins (pointes blanches et pointes noires, ainsi que le requin gris), tortues, raies, des centaines de Great barracudas, et certaines especes
tres rares (Mandarin fish, juvenile longfin batfish...) s'ebattent dans d'incroyables jardins de coraux ou le long de murs verticaux... L'endroit est vraiment magnifique, et meme si je
n'apercus par les requins marteaux (timides, malgre leur look patibulaire), je quittais l'endroit avec le coeur gros, et l'envie, plus que jamais, de passer mon diplome de
divemaster!
Mais le temps passe, et tout Sarawak (la partie sud de l'ile) me
tend les bras. Presse par le temps, je rentrais a Kota Kinabalu, et me concentrais sur un seul endroit, Bario, repere lors de la lecture de "Into the heart of Borneo", le recit incroyable d'une
expedition dans la jungle de Borneo a la fin des annees 80. J'allais essayer de trouver les Penan hunters, l'une deux peuples primitifs de Borneo avec les Ukit, loin dans la jungle.J'arrivais
donc a Bario, un village de 800 habitants, accessibles seulement par avion (un DHC-6 Twin Otter de Havilland, un vrai petit coucou d'une douzaine de places. Voler avec un petit oiseau comme ca,
c'est un vrai plaisir, rien a voir avec un gros Airbus a commandes elctroniques sur pilote automatique), et arrive la-bas, je cherchais un guide Penan. C'est un challenge, parce que les Penan
sont des nomades vivant dans la jungle, et il y a une seule famille de Penan habitant dans la "banlieue" de Bario, afin que leur fils puisse aller a l'ecole. Dana (a prioir aucun rapport avec une
quelconque tribu celtique), le pere de famille, est un pionnier dans son genre... IIl est le premier de son clam a s'etre sedentarise, et meme si ca peut sembler comme une perte de sa culture, il
a bienc ompris que l'avenir pour son fils n'est pas dans la jungle, ou l'esperance de vie est tres basse, de l'ordre de 40 ans,. Les maladies, la scepticemie...et l'absence d'hopital en font un
endroit difficile. Il y a bien un "medecin volant" qui vient a la clinique de Bario une fois par mois, mais Bario est a au moins 3 jours de la ou les Penan vivent, et ils ne peuvent pas se
permettre de le payer. Il veut que son fils aille a l'ecole. Il a appris le Malay (il ne parlait que Penan) et a meme appris quelques mots d'anglais via un dictionnaire anglo-malay, et vit de
petits boulots a Bario.
J'essaye de lui expliquer que je veux aller dans la jungle trouver les
nomades Penan. C'est difficile de communiquer, mais je lui explique que je n'ai que 8 jours, et je lui demande s'il sait ou se trouver leur campement a l'heure actuelle, et a quelle distance il
se trouve. Je finis par aller chercher quelqu'un pour servir d'interprete, et pour m'aider lors de l'inevitable negociation qui allait suivre. Finalement, Dana explique que le camp se trouve a 3
jours de marche, qu'il peut m'emmener (avec son frere), et que nous pouvons partir tout de suite. Il me donne une liste de course (Riz, cafe, sucre, Arak, une espece Brandy de riz), et je pars
faire mon sac.
Nous allons donc passer 8 jours entiers dans la jungle, et mon manque de
preparation arrive quand meme a m'effayer. Je n'ai pas de sac de couchage, pas de medicaments (ou presque plus), plus d'anti-moustiques (juste un espece de truc a la citronnelle completement
inefficace achete a Hanoi)... Mais au moins j'ai lu "Into the heart of Borneo", et je sais ce qu'il faudrait faire! Bon, ces mecs se sont prepares avec le SAS (les commandos britanniques), mais
ils partaient pour 2 mois dans la jungle, et je pars pour une semaine seulement! Je me prepare comme je peux, prenant un jeu de fringues pour la jounee (les "mouillees"), et un pour la nuit, sec
(enfin on espere!). Autant de paires de chaussettes seches que je peux, des pansements, de l'eau, des cigarettes pour moi et mes guides, mon bouquin, et c'est parti!
Mes deux guides, Dana et Julian, arrivent au rendez-vous avec leur
sabarcanes, et je comprends pourquoi nous n'emmenons que du riz: les Penan sont les meilleurs chasseurs de la jungle, et leurs sabarcanes sont de mortels instruments entre leur main. Mais
attention, quand je parle de sabarcanes, je ne parle pas de ces jouets qu'ils utilisent dans "un Indien dans la ville"... Non, leurs sabarcanes font un bon deux metres, avec un couteau attache a
l'extremite., et propulsent de petites fleches, auparavant trempees dans une decoction preparee avec les glandes a venin d'un cobra attrape dans les environs. L'ensemble vous transpercerait un
bison a 50 metres (bon, j'exagere peut-etre un peu, mais ca vous tue un cerf a 20 metres, et de toute facon dans la jungle vous ne voyez jamais a plus de 20 metres!). Chaque jour, nous nous
levons a 5 heures, et enfilons nos vetements mouilles (de loin le pire moment de la journee, le meilleur moment de la journee etant le brossage de dents: c'est la seule partie du corps qu'on peut
garder propre, et j'y prends soudain un plaisir immense!), prenons un petit-dejeuner de riz, feuilles de la jungle cuites en soupe, et un peu de viande fume (singe, ecureuil, cerf...), puis
marchons jusqu'a 15 heures. A 15 heures, nous nous arretons pres d'un ruisseau et construisons un abri pour la nuit: Dana et Julian coupent une trentaines de jeunes arbres, nous construisant une
petite plateforme legerement surelevee, et, a l'aide de deux troncs et de filaments de rattan, nous font un abri d'un bout de bache. Pendant ce temps, suivant les conseils de Dana, je demarre le
feu, utilisant un pain de seve sechee qu'il aura trouve dans la journee (ce truc brule meme quand tout est trempe!). Quand l'abri est monte, nous nous abritons de la pluie, et enlevons les
sangsues de nos jambes, dos, cheveux... en buvant un cafe.
Puis nous partons chasser: si nous voulons manger autre chose que du riz
ce soir, pas le choix.
Marcher dans la jungle, a travers les collines des Kelabit
Highlands, sur un simili-sentier couvert de sangsues, transpirant meme sous la pluie, est epuisant. Mais quand vous quittez le sentier, essayant de suivre une meute de singes sautant d'un arbre a
l'autre, et que vous essayer de vous frayer un chemin dans la vegetation ultra-dense, tellement dense que si je laisse Dana partir 5 metres devant moi je ne le vois plus, est mortel. Les fougeres
arborent ici toutes sortes d'epines, et je suis rapidement en sang (sans compter les sangsues). Le sol est detrempe, et je glisse et tombe constamment. Dana, lui, se fond dans la jungle avec
souplesse, legerete, et silence, et je me fais l'effet, en comparaison, d'une Rhinoceros a deux cornes de Borneo dans un magasin de cristal de Kota Kinabalu (j'utilise les images que je veux). A
plusieurs reprises, meme si Dana ne me le dit pas, je sens que j'ai fait fuir une proie, faisant craquer une branche a un moment inopportun. Mais petit a petit je m'ameliore, et avec un effort
surhumain je parviens a rester aussi silencieux qu'un elephant dans une usine de Miel Pops.
Ca n'a d'ailleurs pas d'importance, tant Dana et Julian sont habiles.
Imitant les cris de leur proie, ils s'approchent, et d'un coup, alors que je cherche encore ou est ce foutu animal, ils inserent une fleche dans leur sarbacane, la portent a la bouche, et
"pffut", l'oiseau tombe, encore vivant, pour etre abattu d'un coup de parang, la lame de 60cm que les Penan portent a la ceinture.
La bete est ouverte, et integralement mangee. Pour le cerf, par exemple,
seuls les organes genitaux sont jetes. Tout le reste: (estomac et intestins, coeur, poumon, foetus et placenta si on a de la chance...) sont manges, grilles, fumes ou en ragout (le ragout
d'estomac est pas mauvais, mais pas facile a mastiquer. Au contraire, la chair du foetus est incroyablement tendre).
Une fois le diner termine, nous discutons en anglais (apres une semaine,
mon vocabulaire Penan atteint une petite centaine de mots, incluant quand meme les essentiels: "tu es tres belle", "Je t'aime", "et si on faisait l'amour tout nus?"). J'essaye de decortiquer les
phrases de Dana pour comprendre petit a petit les coutumes de son peuple, tout en buvant bouteilles sur bouteilles d'Arak, dont le gout suave masque la dose semi-lethal d'alcool qu'il contient
(+-65% d'apres l'etiquette), ce qui etrangement, ameliore notre comprehension mutuelle... Une de ces conversations aborde la question des chasseurs de tete:
- "Dana, dis-moi, est-ce que les Penan continuent de chasser des tetes?"
- "Non, Non, Non, c'est interdit par le gouvernement! Nous allons en
prison quand nous le faisons!"
- "Donc vous le faites quand meme de temps en
temps?"
- "Non, trop dangereux...", commence-t'il pensif, avant de poursuivre
"mais si il y a quelqu'un que tu n'aimes pas du tout, mais alors pas du tout, et que tu le tues. Alors ca ca s'appelle un meurtre. Et alors, ce serait dommage de ne pas prendre sa tete,
non?"
Effectivement, vu comme ca...
Les nuits sont froides et humides, et il pleut souvent toute la nuit
(heureusement, nous avons enfile nos vetements secs...) Les moustiques sont impitoyables, mais ne sont rien a cote des mouches de sable (je ne sais pas ce qu'elle foutent la celles-la, il n'y pas
un grain de sable a des kilometres...), et surtout des tiques de porc sauvage, un truc qui se niche dans l'aine et qui vous demange tellement que vous songez a l'amputation... Surtout, le sol de
l'abri, une trentaine de rondins legerement sureleves, ne fait pas reellement ce que j'appelerais un matelas confortable. Je dois dire cependant qu'au bout d'une semaine, mon dos semblait s'etre
acclimate, et j'y dormais pas si mal que ca.
Apres 3 jours et demi de marche, nous arrivions au camp Penan, pour nous
apercevoir que les Penan n'etaient plus la. Touyt ce qu'il restait est une zone ou tous les jeunes arbres ont ete abattus pour constituer des abris, avant d'etre disperses sur le sol. J'interroge
Dana, qui explique que les Penan ont du poursuivre leur chemin, peut-etre car la chasse n'etait pas assez bonne. Logiquement, ils devraient etre a 3 jours de plus, a un autre de leurs campements
habituels. Il m'interroge du regard, mais, le coeur gros, je lui explique que c'est trop loin pour cette fois.-ci Le billet d'avion qui doit me ramener a la civilation est deja reserve (vous ne
pouvez pas l'acheter a Bario meme, ce qui est ennuyeux...), et apres avoir passe un jour a nous reposer (et a chasser), nous devions nous diriger vers Bario de nouveau. Trois jours plus tard, les
jambes pleines de morsures et les bras d'egratinures, nous quittions la jungle, avec, en moi, un seul desir: revenir...
Bienvenue sur mon blog, relatant mes frasques indiennes.
Je suis arrive le 2 Juillet 2007 dans ce pays de fous, pour une duree minimum d'un an.
Je m'appelle Thibault, je suis ingenieur, et je travaille pour un equipementier automobile. Je partage mon temps entre Mumbai, la "Maximum City", et un village au milieu de nulle part, dans le
Madhya Pradesh.
Voila pour les presentations.
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