Vietnam… Un nom presque mystique, grace aux Francis Ford Coppola, Stanley Kubrick and Oliver Stone… Un pays de villages perdus dans des vallees de rizieres, de femmes portant des chapeaux pointus, d’helicopteres volant au-dessus de plages de reves au coucher du soleil avec Wagner en fond sonore...
J’arrivais a Dien Bien Phu, et apres une petite journee
a explorer les environs et l’histoire de l’endroit (pour ma petite soeur qui n’en sait certainement rien, c’est l’endroit ou la France a perdu la guerre d’Indochine), je partais pour Hanoi, la
capitale. J’arrivais a 5 heures du matin, j’essaye desesperement d’ouvrir les yeux et de rejoindre ce qui devait etre ma guest house quand j’arrivais au Hoan Kiem lake. Et la, 5 heures du
matin, il y a 20000 personnes courant autour du lac, faisant des pompes, des grands moulinets avec leur bras...
Ca m’epate les gens avec ce genre de volonte ! A cette heure du matin, la seule chose qui peut me reveiller est un saut d’eau, et tout ce qu’on peut obtenir de moi c’est de me transferer vers un autre endroit pour dormir ! A 7 heures du matin, comme par magie (j'apprendrai plus tard que c'etait une sorte d'exercice obligatoire instauree par les communistes dans les annees 60, et que les gens en ont garde l'habitude), tout le monde disparait et file au boulot, et j’avais l’endroit pour moi. La ville est un drole de melange. Apres le Laos, l’endroit semble bruyant, incroyablement anime (je ne comprendrais pourquoi les Vietnamiens s’extasient a propos du calme de Hanoi qu’apres avoir vu Saigon...), mais la ville exsude une certaine grace, et l’urbanisme de la ville a garde un petit quelque chose de francais qui donne un sentiment de familiarite. La nourriture est delicieuse et je me gavais de soupes de nouilles et de nems pour le petit-dejeuner avant de partir en exploration vers le Mausolee d’Ho Chi Minh. Apres la visite du musee, interessant et amusant pour la propagande anti-francaise et anti-americaine, j’arrivais au mausolee, qui etait malheureusement ferme, puisque le corps embaume d’Hi Chi Minh etait en Russie pour maintenance. Ce qui me faisait penser qu’il y a quand meme des metiers de fou : t’imagines, comment ca pete sur un CV « conservateur de cadavres de dictateurs communistes » ! Pas beaucoup de clients (Staline, Lenine, Mao et Ho Chi Minh), mais ca le fait d'annoncer ca lors d'un repas de famille!
Je passais egalement voir l’ancienne prison francaise, incluant une guillotine, et ou Jonh McCain passa egalement quelque temps apres s’etre ecrase lors d’un bombardement durant la guerre du Vietnam. L’endroit fait froid dans le dos, les conditions de detention rappellent que les Droits de l’homme sont un concept recent meme au pays qui les ont inventes...
Apres une soiree bien arrosee (il faut dire que la pinte de biere a la pression coute 3000 dong, a peu pres 15 centimes d’euros), je partais pour la Baie d’Halong, pour deux jours et une nuit sur une jonque, au milieu de la baie. L’endroit est un incroyable piege a touriste et des milliers de jonques encombrent le port. Heureusement, c’est la basse saison, et la baie restait relativement paisible. L’endroit est aussi magnifique que dans mon imagination, on se balade en Canoe Kayak, explorons une grotte, et passons la nuit berces par le bruit des vagues se brisant sur la jonque.
J’arrivais le lendemain a Hue, pres de Danang, une des
zones de combat les plus intenses lors de la guerre. La ville, exceptionnellement au Vietnam, est tres calme. Les gens vivent leur vie sans essayer constamment de vous soutirer de l’argent, et
c’est assez agreable. La ville etait par ailleurs la capitale imperiale du Vietnam, et les restes sont superbes.
Mais il pleuvait enormement, et a quelques kilometres de la seulement se trouvait Hoi An, qui pour une raison inconnue ne voit pas une goutte de pluie a cette epoque de l’annee. Ni une ni deux, je trainais mes cliques et mes claques la-bas.
Hoi An est une ville ou le temps file sans qu’on le voit
passer. La plage, sans etre paradisaque, est agreable, la ville superbe, encore bien francaise par bien des aspects, et l’on prend plaisir a se balader de quartiers en quartiers, boire une biere,
deguster une des specialites locales (et il y en a beaucoup, dont une soupe de nouille qui doit etre preparee avec l’eau d’un puits bien specifique, au coeur de la ville. Si tu prends une autre
eau, c’est plus du Cao Lao !). Venu pour deux jours, j’en passais quatre, paressant pour quelques temps au « Cafe des Amis », un petit bistrot dont le proprietaire a vecu a Paris
il y a 30 ans, et qui passe Brassens, Piaf ou encore Jamait sur la platine antediluvienne de son bar.
Mais le temps passant (et la fin du voyage approchant...), je finissais par filer directement pour Ho Chi Minh City, ou Saigon, passant sans regret la cote, sachant que je me gaverai de plages plus loin sur la route.
Et me voila donc a Saigon... La ville (et je paraphrase un ami...) est perchee au bas de la peninsule comme « une vieille pute trop maquillee et saoule s’accrochant au comptoir d’un bistrot »... C’est image, mais il y a du vrai. Le centre-ville ressemble a une autoroute pour l’enfer, avec des hotels de passe ecrases entre les bars a filles. Pourtant, l’essentiel du business semble avoir quitte le centre-ville, mais les neons roses sont toujours la. La ville ne dort pas, et le bruit est constant, et, a mes oreilles de Bombayite, presque reconfortant. Le traffic, egalement, me rappelle la ville chere a mon coeur. Ici, il y a encore plus de motos, cela dit, et c’est presque surreel de se retourner a un feu rouge, et de voir derriere soi ces milliers de motos attendant que le feu passe au vert (un vietnamien me disait qu’il y avait a peu pres 8 millions de motos a Saigon. Son estimation se base sur le nombre de motos enregistrees : 4 millions. Mais bon, c’est le Vietnam...). Il n’y a pas beaucoup de feu rouge, cependant, et la plupart du temps passer une intersection est un travail d’equipe : d’abord, il faut attendre d’avoir une meute qui puisse se comparer avec les motos allant dans la direction oppposee. Ensuite, il faut tout doucement essayer de se faufiler jusqu’au milieu de la route, et c’est la que c’est pas facile : pour rendre l’operation moins dangereuse, le meilleur moyen est de rester au centre de la meute, puisque ceux sur les cotes ont plus de chance de se faire heurter par une moto arrivant en sens inverse. Mais comme tout le monde essaye de faire la meme chose, c’est pas facile.
Il va sans dire que dans ces conditions, traverser la route a pied releve de la profession de foi.
Je passais le premier jour dans le Delta du Mekong (un fleuve que j’aurais vraiment vu sous toutes les coutures, il faudra que j’aille voir la source auTibet un jour). Enorme piege a touriste, et cela restera un des regrets de mon sejour au Vietnam : il m’a semble tres difficile d’acceder au Vietnam rural, a chaque fois que j’ai essaye c’etait vraiment tout sauf authentique...
Deuxieme jour aux tunnels Viet-Cong de Cu Chi, un endroit oppressant, parseme de centaines de crateres de bombes, de pieges en bambous, et d’histoires de massacre au Napalm... Les tunnels eux-memes sont etroits, chauds, et etouffants. Et dire qu’ils les ont elargi pour les touristes.... Je passais l’apres-midi au War Museum, qui n’est pas pour les faibles... Le musee rappelle principalement les crimes de guerre americains durant la guerre, notamment l’utilisation de Napalm, d’Agent orange (un desherbant repandu en grande quantite sur tout le pays et qui continue de causer des tragedies encore aujourd’hui), de bombes au phosphore. Les photos sont a briser le coeur (ou a faire vomir) de n’importe qui.
Et voila, c’etait l’heure de partir pour la Malaysie... mais pas sans une derniere aventure ! Pour ca, j’avais demande l’adresse a un local, rencontre au billard la veille. Il m’indiquait un restaurant, loin dans la banlieue de Saigon... Pas de touristes la-bas, et personne non plus pour parler anglais. Mais je faisais comprendre ce que je voulais par signe, et on finissait par m’amener un cobra. La bete, 1.5 kg, se debat pendant que le cuistot, la tenant fermement, lui tranche la gorge et verse le sang dans un grand verre de vin de riz. Puis, d’une deuxieme incision, il extirpe le coeur, encore battant, et un autre organe non-identifie. Puis, me versant un shooter de vin de riz + sang de cobra, il balance le coeur encore battant dans le breuvage, et me fait signe : Sante !
Bon, c’est pas delicieux, mais c’est suppose etre un excellent aphrodisiaque. A noter que les cobras en question sont eleves specialement dans une ferme malheureusement fermee au publique, et ne sont pas captures dans la jnugle. Le cobra lui meme, une fois cuisine, s’avere assez bon, entre le poulet et le poisson. J’y avais droit en salade, frit, barbecue, plus une petite salade avec les abats et les oeufs de la bete (et oui, j’avais de la chance, elle etait enceinte). Bien sur, me voyant essayer leur repas emblematique, je devenais vite la coqueluche du restaurant, et il me fallut boire au moins une biere (ou un petit verre de sang de cobra) avec tout le monde, et je sortais du restaurant plein comme une outre et rond comme une queue de pelle (oui, les expressions bien franchouillardes me manquent...). Mais bon, on fait ca qu’une fois dans sa vie !!