Dimanche 14 octobre 2007

Dear all,

Comme annonce, au lendemain de cette demi-finale de coupe du monde de rugby qui vous a tire, j'en suis sur, quelques larmes (sinon vous n'avez pas de cœur)  je vous délivre une analyse en règle (et en pantoufles) des programmes TV locaux, aussi kitchs et chaotiques qu'une gare indienne a 4 heures du matin.

 
En tête des scores d'audience : Bollywood. Alors je sais ce que vous allez penser, Thibault craque, Bollywod c'est nul, c'est que des histoires hyper prévisibles dégoulinantes de bons sentiments avec des musiques et des danses pas possibles. Et vous avez raison pour environ 50% des cas. Mais Bollywood c'est aussi des histoires hyper prévisibles dégoulinantes de bagarres ridicules, de retournements de situation abracadabrantesques, de scènes d'action chimériques, de coups de poing plus rapides que le son (si l'on en juge au doublage) et j'en passe. Regarder Bollywood, c'est accepter qu'une troupe de chanteurs gospels puissent passer en chantant devant les pyramides d'Egypte juste au moment ou vous déclarez votre flamme a votre belle inaccessible, c'est savoir entraîner la foule d'une rue indienne spécialement habillée pour l'occasion dans une danse pour le pardon de votre belle-mère, c'est accepter que d'un film a l'autre, un acteur soit chef de projet a la Nasa, star de cricket, parrain de la mafia, et que le personnage secondaire, qui était son père dans le premier film, devienne son frère dans le second, puis son fils dans le troisième. En bref, regarder Bollywood c'est oublier la peur , le doute, et la vraisemblance, et se taper des bons délires a les regarder a plusieurs (les regarder seul, c'est déjà moins drôle).
 

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Les stars de cette industrie sont adulées, se font élever des temples a leur nom, rassemblent des foules devant leur maison en évoquant une possible apparition au balcon… Bref, c'est la folie.

Produit dérive de cette Bollymania, un grand nombre de programmes du type Le concours de celui qui chante le mieux comme dans Bollywood (au moins 4 Star Academy du genre), de celui qui danse le mieux comme dans Bollywood (deux programmes), celui qui joue le mieux comme dans Bollywood (trois programmes)…

 Deuxième principal programme télévisuel : Le cricket. Alors la aussi, je sais ce que vous allez penser : ça a l'air chiant. Et la, vous etes loin du compte. Pour vous donner une idée, un résume des règles : Le cricket c'est un mec qui lance une balle, et un autre qui frappe la balle avec sa batte. Plus l'équipe du lanceur met de temps a rattraper la balle, plus l'équipe du batteur marque de points (un peu comme au base-ball). Maintenant si on rentre dans le détail de l'organisation d'un match (format traditionnel), un match de cricket c'est :

-          Une équipe lance 1500 fois la balle

-          L'autre équipe lance à son tour 1500 fois la balle

Ca dure 5 jours et celui qui marque le plus de points a gagné (un peu de logique, on voit que c'est pas les indiens qui ont inventé le jeu).

Autant dire que suivre un match de cricket, ça demande du  cœur, de la détermination, et une bonne dose d'ennui préalable. Conscient de la difficulté de médiatiser un tel format, la fédération a réduit la durée a 300 balles (un jour) et tout récemment a 120 balles (environ 3 heures), ce qui rend un humain normalement constitue et n'ayant rien a faire a peu près capable de suivre la match en entier. Les autres formats continuent cependant d'exister, pour les addicted.

Cricket3.jpg

 

Mais ce n'est pas tout, la TV indienne c'est aussi :

-          Des journaux télévisés résumant les infos liées aux matches de cricket, à la vie des joueurs de cricket, et à la vie des stars de Bollywood.

-          Des pubs mettant en scène des joueurs de cricket et des stars de Bollywood.

-          Des documentaires sur la vie des joueurs de cricket et des stars de Bollywood.

 

De cette uniforme grille des programmes se détachait malgré tout, et ce grâce aux services d'une chaîne privée du câble (Neo sports +) LA COUPE DU MONDE DE RUGBY ! Je n'ai pu voir que les quarts et la demi, mais ces deux occasions ont été riches en expérience :

-          Quart de finale, a Bombay, dans le seul bar qui diffusait le match (il faut préciser que la chaîne est extrêmement peu répandue), ou comment rencontrer tous les français de Bombay, bourres a la bière, suivis d'un gros after et d'un brunch dans un hôtel 5 étoiles ou tu réattaques au champagne a 11 heures du matin.

-          Demi finale, a Jalgaon, perdu dans la campagne chez un fournisseur crasseux. En désespoir de cause, je décide d'errer dans les rues a la recherche d'un bar que je pourrais convaincre de diffuser le match (pour chercher un bar avec une TV câblée a minuit dans la campagne indienne, il faut une sacrée dose de désespoir). Et la, non loin des bûchers crématoires encore rougeoyants (non, je rigole pas) une tache éblouissante de blancheur flamboie au loin. Interloqué par cette providentielle apparition, je coure après le maillot de rugby anglais comme un mort de soif après un mirage. Et c'est donc par miracle que je finis chez deux anglais, travaillant dans une ONG locale, pour regarder le match (ils se sont abonnes au câble spécialement pour l'occasion). Bon bien sur, vu le match, c'était pas vraiment la peine de se déplacer, surtout pour le regarder avec des anglais (Wilkinson enc… Sorry, beautiful game, gentlemen). Mais bon, j'aurais eu les nerfs de l'avoir loupé.

 

Sinon je vais quand même vous parler de mon boulot, vu que ça représente, a mon grand regret, mon activité la plus importante. L'implantation se déroule tranquillement, je voyage beaucoup en ce moment, entre Bombay, Delhi et Bangalore, pour visiter des clients et des fournisseurs. Bombay, ses bars lounge, son hyperactivité et son espace sature, son marche immobilier complètement fou (compter environ 2500 euros de loyer pour un 45 mètres carre dans le centre, a mettre en relation avec le niveau de vie local) ; Delhi, et son contraste étourdissant entre ses bidonvilles et ses grandes avenues aux boutiques luxueuses abritant les représentants de l'Etat et tous les suiveurs d'un gouvernement rompu a la corruption ; et Bangalore, ses parcs, ses grandes avenues avec trottoirs, des trottoirs ou tu peux marcher, sans tentes, sans mendiants, sans vaches sacrées, sans enfants bangladais vendant de la drogue et des baudruches.

L'autre bon cote de voyager c'est de pouvoir rencontrer pas mal de  jeunes indiens des villes, dont le contact est tout de même plus facile que dans les campagnes. On est donc pas mal sorti sur Bombay, avec des jeunes du boulot, dans des bars complètement fous, ou la bière coûte a peu près l'équivalent du SMIC local (non officiel, ici y a pas de SMIC), dans des décors invraisemblable, genre immense atelier textile réaménagé, 12 mètres de plafond, des sculptures partout et un bassin a débordement au milieu… 

Marine-drive--Bombay.jpg

 A part ça, je travaille quand même beaucoup, le samedi, parfois le dimanche, mais c'est hyper intéressant (vivement quand même ma prochaine semaine de vacances, en Novembre !). Une grande première : j'ai mon propre consultant, censé m'aider a implémenter la certification qualité TS (comprenne qui pourra). Une autre première est a venir, je pense: virer mon consultant, parce qu'il glande pas grand-chose, je trouve. Enfin, je le comprends, j'ai fait pareil, mais cette fois c'est moi qui paye… ;)

Pour résumer, je bois toujours du thé, je négocie des prix, je traque l'info stratégique (merci google), je manage ma petite équipe de production quand j'ai des nouveaux produits à développer (pas si souvent pour l'instant), je fais croire a des collègues que je suis un expert dans leur domaine (comme me l'a dit un consultant venu nous donner un cours a Supaero : « Tu dis ça avec un aplomb incroyable, alors que tu en as pas la moindre foutue idée »  -> principe de base de l'ingénieur débutant, on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher). C'est gérer une équipe d'indiens qui me pose le plus de problèmes : travailler avec des gens qui emploient le même mot pour dire hier et demain, et pour qui travailler se traduit littéralement par « faire moins », c'est pas simple.

Mais bon, j'apprends plein de chose et, voyageant, je découvre les us du pays des sortilèges, donc c'est assez plaisant.

 

Bon, assez discute boulot, assez discute tout court, bon vent, vive la République, Vive la France, et a mort Wilkinson!

 Best regards,

Bye

 

P.S : Un grand bravo à notre gouvernement pour son courageux combat, dans le cadre de la simplification législative, contre la fraude sur le guignolet, qui, de nos jours encore, fait des ravages.

P.P.S : Un certain nombre de références culturelles, à la pertinence plus ou moins douteuse, se sont insérées dans le mail ci-dessus. Si vous trouvez les trois citations, vous aurez droit à une photo de moi pas très frais. Des détails personnels, comme votre situation professionnelle ou sentimentale, peuvent être inclus dans le mail de participation (voila qui, je l'espère, me vaudra un certain nombre de réponses).

par Thibault
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Je suis arrive le 2 Juillet 2007 dans ce pays de fous, pour une duree minimum d'un an.

Je m'appelle Thibault, je suis ingenieur, et je travaille pour un equipementier automobile. Je partage mon temps entre Mumbai, la "Maximum City", et un village au milieu de nulle part, dans le Madhya Pradesh.

Voila pour les presentations.



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