Partager l'article ! L'archipel des 70 000 îles: En rentrant de Bornéo, je passais une semaine à Singapoure. C'est marrant, personne n'aime Singapore, pas les ...
En rentrant de Bornéo, je passais une semaine à Singapoure. C'est marrant, personne n'aime Singapore, pas les voyageurs en tout cas. Les expatries, eux, c'est une autre histoire. Mais les voyageurs se plaignent, tout est cher, il n'y a que des centres commerciaux... Il y a pourtant du bon temps a prendre, a Singapoure. Je connaissais desormais pas mal de gens la-bas, quelques indiens, et quelques malayses que j'avais rencontrées sur la route. Bon, il n'y pas grand chose a faire, mais on mange, on boit, et on fait la fete avec plaisir dans les nombreux restaurants, bars, et boites. On peut faire un tour dans la foret qui occupe le centre de l'ile, passer l'apres-midi sur une plage... Si on a des amis bizarres, on peut meme explorer de nuit l'un des nombreux sites hantés de l'ile (les Singapouriens, comme la plupart des Asiatiques et en particulier les Thais, sont obsédés par les fantômes).
Mais les jours passent, et l'Indonésie me fait les yeux doux, juste de l'autre coté du détroit.
Aussi je réserve mon billet, et tant qu'à faire, je décide de partir loin... a l'autre bout du bout du monde, en Papouasie. A Jayapura, pour être plus précis.
Papua, anciennement appellée Iran Jaya, et le nom de la partie occidentale de l'île de Nouvelle Guinée. C'est une île montagneuse, ne possédant que peu de voies de communication naturelles, et aucune crées par l'homme. Les routes sont inexistantes, et où que vous vouliez aller, le seul moyen est generalement d'affréter un avion pour vous tout seul... Autant dire qu'aller decouvrir des tribus dans des coins reculés coûte cher...
Ma première nuit en Papua me restera longtemps en mémoire comme du grand n'importe quoi. N'ayant rien a faire, je trainais dans les rues de cette ville côtière assez animée, mais dont les seuls bars visibles etaient chers et vides. Jusqu'a ce que j'aperçoive ce qui ressemblait, de loin, à un quelconque escalier menant a un quelconque appartement, si ce n'était la musique s'échappant de la porte entrouverte. Je montai, et découvrai un bouge abritant dans ses volutes de fumée quelques tables de billard entourées de filles bien en chair et pas assez habillées. Quelques secondes suffirent pour me retrouver embarqué dans une partie, dont l'enjeu, comme j'allais le découvrir, n'était autre que la jeune fille qui nous regardait jouer... Après avoir consciencieusement mal joué, j'étais entraîné dans une "back room" où, apparemment, les forces de police de la ville aimaient à se retrouver pour picoler et flirter avec des prostituées... Après avoir bu les quelques canons obligatoires, je me lève pour partir, mais mon partenaire de billard insiste pour m'emmener dans un "vrai" club, et je ne pus résister a la pression populaire. Aussi nous nous retrouvâmes une vingtaine de minutes plus tard dans un Karaoke aussi sombre que dans le cul d'un taureau par une nuit sans lune (expression magique, si quelqu'un me retrouve le film dont elle est extraite, je lui offre un T-shirt dedicacé), où des prostituées vraisemblablement moches (sinon pourquoi baisser autant les lumières?) nous servent bières sur bières, toutes payées par mon partenaire de billard, décidemment un bien sympathique personnage, n'est-il pas?
Je partais le lendemain pour Wamena, au coeur de la vallée de Beliem. La vallée est au coeur de la région montagneuse qui se trouve au centre de l'île, et l'avion est le seul moyen de s'y rendre. La vallée a été redécouverte en 1939, à la suite d'un crash aérien, et n'a pu être explorée qu'à partir de 1945. Jusqu'à aujourd'hui les quelques touristes se sont concentrés sur Wamena et ses environs immédiats, principalement au mois de Juillet Aout. Au mois de Novembre, il y a pas un chat. Je me procurai une carte de la vallée, rassemblai quelques provisions, de l'eau et des tablettes purificatrices, et me faisait transporter jusqu'au bout de la route, vers l'Est, en moto. Voila, en marche maintenant.
Je marchai d'un village à l'autre, demandant mon chemin aux gens rencontrés, m'arrangeant pour trouver une hutte où dormir, et me trouver un dinner. Malheureusement, la nourriture ici n'est pas très variée: Patates douces cuites à la braise, et, parfois, bananes. 3 fois par jour. On s'en lasse.
L'autre problème, c'est la communication. Les locaux et moi avons un mot en commun: Okay, dont je confirme par ailleurs qu'il est le mot le plus compris et reconnu dans le monde. Mon bahasa (la lingua franca de l'Indonésie) en était à ses débuts, puisque je venais d'arriver. J'apprends donc en accéléré à saluer, à remercier, à demander un endroit ou dormir, ou à manger. J'apprends notamment que le Pisang n'est pas seulement un alcool vert fluo immonde et trop sucré, mais le mot bahasa pour banane. J'apprends à négocier, payant la plupart du temps en cigarettes, le cours de la Malboro light augmentant à mesure que je m'éloigne de Wamena. Une autre de mes richesses est une petite flasque de whisky que j'ai amené de Jayapura... En effet, toute la vallée a été déclarée "zone sèche", comprendre sans alcool. Dans ces conditions une lampée d'alcool n'a pas de prix, et m'obtient des faveurs imméritées.
Les journées sont longues, le sac est lourd, et les sentiers montent et
descendent sans fin. L'échelle de la carte est piégeuse, et il m'arrive plus d'une fois de marcher plus de 10 heures en essayant d'atteindre un village plus éloigné que la carte me semble
indiquer. Je traverse la rivière à plusieurs reprises via des ponts de singe miteux et inquiétants...
Les principaux habitants de la vallée sont appellés les Dani. Les hommes
portent traditionnellement (et les portent effectivement quand on s'éloigne de Wamena) une tenue étrange: des étuis péniens appelés Kotéka, et faits à partir d'une calebasse cultivée à cet effet
(voir photo: la première fois, ça surprend...)
Les femmes portent traditionnellement une jupe de feuilles autour de la taille, et laissent leur poitrine nue, mais cette tenue traditionnelle se perd de nos jours, et je n'ai pu voir que deux vieilles femmes l'arborer. Les hommes s'enduisent également de graisse de porc pour lutter contre le froid (après tout, on est à 2500 mètres).
Les Dani sont polygames, et ont autant de femmes qu'ils peuvent se le permettre. Une femme a un prix assez défini: en général, 5 ou 6 cochons... (mysogyne? Comment ça mysogyne?) Les différents villages de la vallée, très isolés les uns des autres, se faisaient régulièrement la guerre, généralement pour des histoires de femmes ou de cochons (ils sont presque interchangeables). Le dernier combat aurait eu lieu en 1988...
Les rites funéraires sont divers variés. Les Dani momifient certains des leurs dans le sel. Les Yali, eux, étaient cannibales jusque dans les années 80. Ca rigole pas là-bas, malheureusement, les Yali sont situés en dehors de la vallée, et cela me prendrait trop de temps d'y aller (le seul moyen de s'y rendre est d'affréter un avion: 5000 dollars aller-retour).
Une autre habitude bizarre des femmes Dani est de se couper une phalange de la main gauche avec une hache de silex à chaque fois qu'un de leurs proches passe dans l'autre monde. Il manque ainsi aux vieilles femmes une bonne moitié des doigts de la maing gauche...
Après une dizaine de jours, je rentrais a Wamena fatigué, sale, et dégouté a vie des patates douces. Mais la région est fascinante, et je collectais les cartes de visite et les idées de treks avec dans l'idée de revenir, avec soit plus d'argent, soit des amis pour partager le prix d'un avion (avis aux amateurs).
Un peu fatigué de la solitude, je partais pour Sulawesi, avec dans
l'idée de rejoindre quelques touristes, de faire de la plongée, à Bunaken, une petite île au large de Manado, et à Lembeh, un petit détroit dont le fond, recouvert de sable volcanique, est un des
meilleurs sites du monde pour la plongée "macro" (les petites bêtes, commes les hippocampes pygmés).
Je passais quelques jours au Soleil, profitais des fonds marins, découvrais l'ambiance insulaire de cette petite île où les touristes, cependant, n'étaient pas encore au rendez-vous. Peut-être pour la première fois depuis le début de mon voyage, je me fatiguais de cette solitude des sentiers non battus, et je décidai de partir vers Bali.
Bali... Un autre monde... Kuta, Ubud, Semeniak... Je m'accordais pendant quelques jours le confort de ces ghettos touristiques branchés. Je me levais le matin, embarquais ma planche de surf, louée une misère au bas de mon hotel avec piscine pour 8 euros, et allais cultiver mon ascendant surfer sur une des plages de l'île. Le soir, la foule australo-britannique passe de karaokes en boîtes de nuit, se déchaîne sur les dance floors, errant dans les rues d'une île qui ne dort jamais. Je prolongeais cette ambiance de fête sur les ïles Gili, quelques heures de bateau plus loin, trois petites larmes de sable sur une mer d'un bleu intense. La plongée remplacait le surf, mais je me fatiguais de cette foule bruyante et turbulente, et je décidais de partir explorer les ïles de l'Est, direction l'île de Flores.
Je traversai Lombok, Sumbawa, enchaînant les bus et les ferrys, avant
d'arriver sur l'île Flores, au port de Labuan Bajo. Le port est la base parfaite pour explorer l'île de Komodo et ses dragons. Les fonds sous-marins spectaculaires sont l'autre attrait de
l'endroit. Je decidais donc de passer quatre jours sur un voilier, le Jaya, où je plongerais trois ou quatre fois par jour, jouant avec les raies manta et les requins, explorant les îles et leurs
dragons, nageant avec des dauphins... Les derniers rayons de Soleil devançaient une saison des pluies en retard, et les nuits, passées sur le pont, à la belle étoile, étaient illuminées d'un ciel
spectaculaire, loin de toute source de lumière dérangeante. Une apothéose pour un voyage dont la fin approchante commençait à me peser...
Et voilà, la fin n'est que détails... Des bus, des avions, une journéee
anecdotique a Jakarta (agrémentée d'une soiréé moins anecdotique dans un club ouvert 24/24 et 5 jours sur 7, dispensant de la techno dans les ténèbres d'une grotte, quelque soit l'heure, à une
foule d'Indonésiens déjantés), un vol interminable via Singapoure, Doha, et finalement Paris, avant d'arriver, par TGV, à la maison.
Dur dur...
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
A+
Nicolas
De passage sur votre blog via l'annuaire d'over-blog je découvre votre univers, c'est sympa.
Je vous invite à découvrir une série d'affiches pour les jeux Olympiques de Vancouver !
http://www.nicolaslizier.com/
Je vous souhaite une bonne continuation sur votre site et vos projets.
A bientôt
Nicolas graphiste au Canada