Ooty, sur les traces du passe
Me voila donc à Ooty, après de longs voyages en bus, fatigué (il est minuit), et frigorifié (ca me fait bizarre d’utiliser ce mot, mais même en Inde, à 2200 mètres, la nuit, en T-shirt, il fait froid!). Je me choisis un bon hôtel, sur les hauteurs, histoire d’être sûr qu’ils auront de l’eau chaude à cette heure là. Arrivé là-bas, je commande un gros repas au room-service, prends une longue douche chaude, et dors dans un lit. Le bonheur !
Debout de bonne heure, dans un brouillard qui se lèverait bientôt, je pars me balader en ville, avec une arrière-pensée : marcher sur les traces laissées par mes grands-parents, qui ont passé deux ans a Ooty !
Et oui, la tradition familiale n’est peut-être pas complètement étrangère à mon intérêt pour l’Inde ! Mon grand-père, jeune ingénieur, est venu aider à démarrer une usine à Ooty, dans les années 60. Une usine, toujours en activité, de film cinématographique ! J’imagine qu’avec l’explosion du nombre de films indiens, une nouvelle usine ne devait pas être de trop !
Je vaque donc au gré des ruelles de cette station tranquille. Le centre-ville se trouve au bord du Lac, et les quartiers s’étendent à partir de là vers les pentes environnantes. Partant du marche tibétain (sans Tibétains apparents d’ailleurs, qui vivent a bien 3000 km de la. Personne n’a pu m’éclairer à ce sujet…), je remonte vers l’Eglise St Stephen, une des premières constructions des colons anglais, au début du 19e siècle. L’église est charmante, fraichement repeinte (ca m’a fait bizarre ca : pourquoi on repeint jamais les églises chez nous ?), l’intérieur, frais et lumineux, commémore la mémoire de nombreux britanniques disparus dans ce petit coin d’Angleterre. Les deux poutres en bois qui soutiennent la charpente viennent du palais de Tipu sultan, et auraient été tractées sur 120 km par un troupeau d’éléphants ! Le petit cimetière attenant, envahi d’herbes folles, abrite la tombe des fondateurs britanniques d’Ooty, dans l’ombre d’un manguier.
Décidé à faire un tour dans les plantations de thé qui donnent a Ooty ses paysages célèbres (et en ont fait une destination prisée des réalisateurs de Bollywood dans les années 70/80), je m’intègre a un bus d’indiens, et nous partons dans les environs. Les environs sont vraiment jolis, un peu dans le genre de Munnar, pour ceux qui m’ont suivi dans le Kerala (et pour cause, Munnar est a quelques centaines de km a peine). Des verts hallucinants, parsemées de quelques cueilleuses aux couleurs vives, et des villas et usines de Thé immaculées…
Le bus nous amène jusqu'à Conoor, la station climatique voisine. De la, je décide de prendre le célèbre « train miniature » pour remonter jusqu'à Ooty.
Cette ligne de train, plus que centenaire, est une des dernières au monde fonctionnant à la vapeur : les locomotives sont toujours les mêmes machines suisses fabriquées dans la première moitié du XXe siècle ! Le train chemine lentement à travers des paysages étranges, entre tunnels et viaducs… Une expérience en soi. Et, coup de chance, j’aperçois l’usine de film ! Malheureusement, pas de photo : l’usine est désormais accolée a une usine d’armement, et les gardes le long de la ligne sont vigilants…
Et me revoilà a la gare d’Ooty ! Pour faire bonne mesure avant de rentrer dormir a mon hôtel de luxe (enfin de luxe… j’ai une salle de bain dans le chambre, quoi !), je décide de diner a la résidence d’été du Maharadjah de Mysore, un palais de bois superbement rénové, dont les quelques photos que j’ai prises sont de piètre qualité, vu la sombre atmosphère régnant sur les lieux. Le bar, tout de même, avec ses selles a cheval, ses défenses d’éléphant et ses photos de chasse au tigre, valent le détour, et un verre de Glenfiddich y prend un goût particulier !
Et voila, une drôle de journée et un drôle de sentiment. Une boucle bouclée, une visite a mes rêves d’enfant. On se sent tout drôle, si adultes, d’un coup.
P.S: plus de photos dans l'album Karnataka (meme si Ooty est encore dans le Tamil Nadu, mais bon, je repartis les photos entre les albums).