Stok Kangri, 6200 metres
Nous partons donc pour Stok, petit monastère et ancienne capitale d’été du Ladakh, d’où part le Trek. Très vite, les conversations se taisent alors que nous essayons de suivre le guide sans trop nous essouffler. Il y a là trois français, un espagnol, une russo-américaine, un autrichien, un américain, et notre guide, népalais. Les paysages, minéraux, présentent des formations rocheuses inconnues jusqu’alors. Des brins d’herbe s’accrochent, broutées par quelques Yaks. Quelques marmottes Himalayennes, ainsi qu’un genre de bouquetin, nous tiennent aussi compagnie.
Nous atteignons assez vite le Camp de base, à 4300 mètres. Le but ici n’est pas de marcher vite, mais de monter assez lentement pour laisser le corps s’habituer un peu a l’altitude. Le souffle est court, le paysage lunaire et écrasant. Un cheval mort de froid et à moitie dévoré par les léopards des neiges plante le décor en arrivant au camp : tout le monde n’arrivera pas au sommet…
Les nuits sont froides (mais pas trop, -15 degrés min). Surtout, l’altitude m’empêche complètement de dormir. Je me retourne d’un côté de mon sac de couchage à l’autre tout la nuit, et c’est avec soulagement que je vois le Soleil se lever sur la tente. Il neige, il fait froid, j’ai déjà un peu mal au crane, mais n’importe quoi plutôt que de rester une minute de plus dans cet état !
Nous repartons vers le Camp de base avancé, à 5100 mètres. Il neige doucement, l’air se fait toujours plus rare… Nous atteignons le camp rapidement, et pouvons souffler. Le confort est minimal, même si la vue depuis les toilettes est spectaculaire !

Ce soir, il faudra du courage : nous devons nous lever à minuit, pour commencer l’ascension finale de nuit. Si nous attendons que le jour se lève, la neige du sommet se ramollira, ruinant toute chance de succès. Le sommet appartient a ceux qui se lèvent (très, très) tôt.
De nouveau, l’insomnie. Je suis un couche-tard, et je savais qu’en me couchant a 17h il y avait peu de chance que je dorme, mais avec l’altitude… Quand le guide nous « réveille » finalement a minuit, l’attente m’a rendu a moitie fou… Pas dormi 2 nuits de suite (et quasiment pas dormi la nuit d’avant), marche pendant 2 jours, l’altitude commence a me donner mal a la tête… c’est dur, mais on peut voir le sommet. Et le ciel est clair. Un bon masala chai, et nous partons, crampons au pied, vers le sommet.
Il fait froid, et après une heure il commence à neiger. L’oxygène commence à se faire vraiment rare, et marcher dans la neige est épuisant. Plus grave, la neige fraiche s’accumule, compromettant nos chances de gravir l’arête finale. En arrivant au glacier, la moitie du groupe abandonne et commence le chemin du retour, découragés par le froid et l’altitude.
Nous nous encordons et traversons le glacier, atteignant finalement l’arête finale. Il est 4h30 du matin, et nous sommes à 5600 mètres. Mais un coup d’œil à la paroi suffit au guide. La neige fraiche s’est accumule, et même avec les crampons, continuer à monter est trop dangereux : a la moindre pression la neige se mettrait à dégringoler, nous entrainant avec elle. Nous devons faire demi-tour, la mort dans l’âme.
Stok Kangri, tres, tres tot le matin


Petit-dejeuner, lever de Soleil, 5500 metres
Le lendemain, malgré une nouvelle tentative infructueuse, due encore une fois a des chutes de neige dans la nuit, nous devons nous résigner : nous n’atteindrons pas le sommet cette fois. Nous prenons le chemin du retour, un peu déçus, les jambes lourdes, mais les yeux brillants et, malgré tout, heureux de l’aventure.