Calcutta, une ville de contrastes, encore

Publié le par Thibault

De Tashiding, ou j’étais, un long voyage de retour était a faire. Mais d’abord, je voulais faire une petite visite à Gangtok, la capitale de l’Etat. J’étais donc sur la route, mon sac a dos sur le toit de la jeep, moi-même bien cale au milieu de la quinzaine de personnes serrées dedans, quand SOUDAIN : le chauffeur, distrait, passe a 80 km/h sur une espèce de fissure dans la route. Alors que nous allons tous percuter le plafond de la tête, un choc sourd se fait entendre derrière nous : plusieurs sacs ont saute du toit, et sont allés atterrir sur la route, mon sac en tête. Heureusement, mon appareil photo, pour éviter tous dégâts a mes fringues pourries, s’est courageusement jeté en avant, et a amorti le choc. Résultat, l’appareil était explose en deux gros morceaux et pleins de petits. Si j’avais eu un autre appareil photo, j’en aurais pris une, parce que le carnage était impressionnant. La carte mémoire elle-même était éjectée de l’appareil et pliée en deux. J’avais perdu la plupart de mes photos, et je ne pourrais pas prendre de photos pour la suite du voyage. Les 3 photos de cet article sont donc des photos tires d'Internet, j'espere que les auteurs ne m'en voudront pas !

 Apres quelques heures de route, me voila donc à Gangtok, la capitale de l’Etat du Sikkim. A nouveau, j’allais manquer les panoramas sur l’Himalaya, car la brume était aussi épaisse que jamais. Mais c’était plutôt sympa, un peu de shopping par-ci par-la (l’Etat du Sikkim est connu pour ses alcools ;), visite du musée de Tibetologie (avec des coupes rituelles tantriques taillées dans des crânes humains et des flûtes creusées dans des fémurs…), et bonne bouffe, dont un petit restaurant italien. Bon, je sais, c’est bizarre de manger italien dans un endroit aussi improbable, mais c’est quelque chose que je fais a chacun de mes petit voyages. Je n’ai pas tous les jours l’occasion d’aller au restaurant (que ce soit a Bombay ou dans le Madhya Pradesh), alors chaque fois que c’est possible (a Rishikesh, Trivandrum, Jaisalmer, Ko Phi Phi, et Gangtok, donc), je me fais un petit resto italien, qui s’appelle a chaque fois « Little Italy » (plus imaginatif, tu meurs). Ca fait partie des petits bonus du voyage.

 Et me voila reparti pour Kolkata, ou j’arrivais, le Samedi, après 17 heures de bus. La descente du bus est toujours un peu rude, on se retrouve agressé par une mêlée bruyante de vendeurs et intermédiaires de toutes sortes, hôtels, taxis, etc.… La tête baissée, je fonce droit devant moi et rejoint mon hôtel en marchant. La ville est chaude, très animée,, les rues sont un chaos de taxis, piétons, rickshaw tires a la main (assez rares en Inde, aujourd’hui même au Madhya Pradesh ils utilisent un vélo) mais le centre ville respire grâce au « Maidan », un immense parc en plein centre ville. Initialement créé pour laisser le champ de tir libre aux canons de la Compagnie des Indes orientales, c’est aujourd’hui un gigantesque espace vert, abritant toutes sortes de « Clubs », ces espaces de détente réservés à l’élite indiennes, ainsi que le Victoria Memorial (photo ci-dessous), le monument le plus célèbre de Kolkata.


             
 
                                                                  Victoria Memorial
    

                                          

                                                                      Le "Maidan"

L’on découvre à l’intérieur une intéressante histoire de Kolkata. Créée par les anglais et la Compagnie Orientale des Indes (qui n’est alors qu’un comptoir commercial), elle se fortifie, en raison d’escarmouches fréquentes avec les Français, donnant naissance au Fort Williams et au fameux Maidan qui l’entoure. Protestant contre la militarisation d’une entreprise commerciale, le Nawab du Bengale, maitre des lieux, assiège Kolkata, et laisse mourir une centaine d’anglais dans les caves du fort, épisode connu sous le nom du « Trou noir de Kolkata ». Très remontés, les anglais vont reprendre la ville l’année suivante, et commencer réellement la colonisation de l’Inde, faisant de Calcutta leur capitale. La ville, des le 18e siècle, est divisée en Ville blanche (anglaise, dont on voit encore les traces aujourd’hui, avec de grandes avenues, de grands bâtiments…), et la ville noire, indienne, dont la pauvreté était choquante même pour les observateurs de l’époque. C’est cette pauvreté, ainsi que les nombreux intellectuels de la ville, qui feront de Calcutta un haut-lieu de la lutte indienne pour l’Indépendance.

Puis direction la partie « indienne » de la ville avec le temple de Kalighat, qui aurait donne son nom a la ville. Le temple est dédié a la redoutable déesse Kali, et on lui sacrifie une chèvre chaque matin, et même, une fois l’an, un bœuf. Les fideles se pressent pour apercevoir l’effigie de la déesse. Chaque jour la chair de la chèvre sacrifiée est offerte a la fondation de Mère Theresa, accolée au temple, qui le distribue ensuite aux miséreux, omniprésents dans cette partie de la ville.

              

                                                              Rickshaws a Kolkata 

Finalement, je me devais de profiter des deux activités qui font la célébrité de Kolkata en Inde : la culture et la cuisine. Direction donc un spectacle de danse traditionnelle, un beau moment, présentant les danses traditionnelles de différentes parties de l’Inde, dont le Manipuri ou le célèbre Bharatanatyam. Puis direction le restaurant, ou je me gavais de poisson délicieusement cuisines, ainsi que de pâtisseries hyper sucrées… C'est dans ces petits oasis de culture, de fraicheur, de calme, et je dirais meme de volupte que l'on differencie Kolkata des autres villes indiennes. Malgre le brouhaha general, la volonte de perpetuer une certaine distinction anglaise est perceptible dans les classes moyennes et superieures. Ca et bien sur le gouvernement communiste qui gouverne la ville et l'Etat, ce qui se traduit par des greves monstres et tres frequentes!

Et voila, le lendemain, après m’être balade dans les marchés de la ville (et avoir éconduit un nombre record de vendeurs de Haschich), je profitai d’un autre délicieux repas, et c’était l’heure du retour, un peu triste.

Le dernier jour est toujours plein de sentiments mêlés, de souvenirs, l’impression d’avoir vécu quelque chose d’unique, d’intraduisible. Qui n’arrivera qu’une fois. Alors qu’on voudrait revenir, rester, comprendre. Je repense à tous les gens que j’ai rencontré, qui voyagent pendant souvent des mois, des années. Au moment de retourner au boulot, ca fait rêver. Bientôt, peut-être…

  

P.S : Les basses castes font parler d’elles en ce moment : La police a ouvert le feu sur des Gujjars, une ethnie nomade du Rajasthan, qui manifestent pour être reconnus comme « Scheduled Tribes », et ainsi bénéficier de meilleurs quotas dans l’éducation et l’administration. Le nombre de morts s’élèverait à 39 pour l’instant, alors que les actions continuent. Un article intéressant de la BBC qui explique le pourquoi du comment :

http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/6705521.stm

 Et puis parce que ca se passe tout prés de chez moi, un article sur la famille d’un Dalit (intouchable) : il suffit de dire qu’une foule agressive a fait intrusion dans sa maison et tué toute sa famille (deux fils, une fille et sa femme) après avoir viole sa femme et sa fille. Les coupables, de haute caste, ont été relâchés par la police, a la stupéfaction des habitants, mais les intouchables manifestent pour une justice équitable. L’article souligne bien la persistance du système de caste dans l’Inde « moderne »…

http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/6211532.stm

 

Voila, pensez a aller voir les photos du Sikkim (albums photo a droite), et a bientôt !

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